Vous demandez à une IA un brouillon de courrier de licenciement, vous collez un bilan sanguin pour qu’elle vous l’explique, vous lui confiez un conflit de couple. À chaque message, une question se pose : où part ce texte, et qui peut le lire ? La réponse a changé en 2025. Anthropic, longtemps la plus protectrice du trio, est passée à un modèle d’entraînement par défaut, rejoignant OpenAI et Google. Les trois assistants grand public collectent désormais vos conversations pour améliorer leurs modèles, à moins que vous ne disiez non.
Bonne nouvelle : chacun propose un opt-out réel et des modes « éphémères ». Mauvaise nouvelle : ces réglages sont rarement mis en avant, et certaines données déjà lues par un humain peuvent être conservées des années. Voici l’état exact des politiques en juin 2026, vérifié sur les pages officielles des trois éditeurs.
Ce que disent les politiques : le tableau comparatif #
Les trois éditeurs distinguent nettement leurs offres grand public (gratuites et abonnements personnels) de leurs offres professionnelles. Le tableau ci-dessous concerne les comptes personnels, là où l’entraînement est activé par défaut. Les chiffres proviennent des centres d’aide officiels d’OpenAI, Google et Anthropic.
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| Assistant | Entraînement par défaut | Opt-out | Mode privé |
|---|---|---|---|
| ChatGPT (OpenAI) | Oui (Free, Plus, Pro) | Oui — réglage « Improve the model for everyone » | Temporary Chat (pas d’historique, pas d’entraînement) |
| Gemini (Google) | Oui (Gemini Apps Activity activé) | Oui — désactiver « Keep Activity » | Temporary Chats (72 h, pas d’entraînement) |
| Claude (Anthropic) | Oui depuis sept. 2025 (Free, Pro, Max) | Oui — refuser au moment du choix imposé | Pas de mode dédié ; opt-out = rétention 30 j |
ChatGPT : entraînement activé, opt-out simple
OpenAI le confirme dans son centre d’aide : ChatGPT s’améliore en s’entraînant sur les conversations que les utilisateurs ont avec lui, et cette option est activée par défaut sur les comptes personnels Free, Plus et Pro. Vous pouvez la couper dans Réglages > Data Controls > « Improve the model for everyone ». Une fois désactivée, les nouvelles conversations ne servent plus à l’entraînement — mais les données déjà intégrées à un cycle d’entraînement terminé ne peuvent pas être retirées rétroactivement.
Côté conservation, OpenAI indique que les conversations supprimées disparaissent immédiatement de votre vue et sont effacées de ses systèmes sous 30 jours, sauf exception légale. Le mode Temporary Chat, lui, n’apparaît pas dans l’historique, ne crée pas de mémoire, n’entraîne pas le modèle, et les échanges sont supprimés sous 30 jours. Pour les comptes professionnels (ChatGPT Team, Enterprise) et l’API, OpenAI précise ne pas entraîner ses modèles sur les entrées et sorties par défaut.
Gemini : le piège des évaluateurs humains
Chez Google, l’activité « Gemini Apps Activity » est activée par défaut et alimente l’amélioration des services. Le point le plus sensible, documenté dans le centre d’aide Gemini : un échantillon de conversations est relu par des évaluateurs humains (y compris des prestataires). Or les chats relus par un humain sont conservés jusqu’à trois ans, et ne sont pas supprimés quand vous effacez votre activité. C’est la nuance la plus mal connue : désactiver l’historique ne reprend pas la main sur ce qui a déjà été échantillonné.
Pour limiter cela, désactivez « Keep Activity » depuis myactivity.google.com/product/gemini. Google cesse alors d’ajouter de nouvelles conversations à votre journal et de les échantillonner pour la relecture humaine. Google a aussi lancé en 2025 les Temporary Chats : ils n’apparaissent pas dans l’activité, ne servent pas à entraîner les modèles, et sont conservés 72 heures (pour répondre et traiter vos retours). À noter : même activité coupée, Google indique conserver brièvement les échanges pour vous répondre et pour des raisons de sécurité.
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Claude : le revirement de 2025
Anthropic était l’exception : ses chats grand public ne servaient pas à l’entraînement. Cela a changé en août-septembre 2025. Désormais, sur Claude Free, Pro et Max (y compris Claude Code), les conversations et sessions de code servent à entraîner les modèles, sauf opt-out. Le choix a été imposé aux utilisateurs existants avant une échéance fin septembre 2025, et il est demandé aux nouveaux comptes dès l’inscription.
La conséquence concrète porte sur la durée : si vous acceptez l’entraînement, Anthropic étend la conservation à cinq ans ; si vous refusez, vous restez sur la rétention de 30 jours. Les offres professionnelles (Claude for Work, Enterprise, Education, Gov et l’API) ne sont pas concernées par ce changement.
Les réglages à activer maintenant #
Trois actions suffisent à reprendre l’essentiel du contrôle. Comptez moins de cinq minutes par assistant.
ChatGPT
Gemini
Claude
Ce qu’il ne faut jamais partager #
Quels que soient vos réglages, un principe simple protège mieux que n’importe quel opt-out : ne saisissez pas une information que vous ne voudriez pas voir conservée, relue ou, dans le pire des cas, ressortie par le modèle. La CNIL insiste d’ailleurs sur la prévention de la divulgation de données confidentielles par les systèmes d’IA. Voici les catégories à proscrire dans une conversation avec un assistant grand public.
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Le réflexe utile : anonymisez avant d’envoyer. Remplacez les noms par des initiales, retirez les identifiants, décrivez une situation sans la rendre ré-identifiable. Pour un usage professionnel régulier sur des données réelles, basculez sur une offre entreprise ou l’API, où l’entraînement est désactivé par défaut chez les trois éditeurs.
Risqué
- « Voici le bilan sanguin de M. Dupont, 58 ans, à La Rochelle… »
- Coller un contrat client nominatif pour le résumer
- Garder l’entraînement activé pour un compte gratuit
Prudent
- « Explique-moi ce que signifie un taux de ferritine bas »
- Anonymiser le contrat avant de l’envoyer
- Opt-out activé + mode éphémère pour les sujets sensibles
Le cadre RGPD : ce que la CNIL recommande #
En France et en Europe, l’usage de l’IA n’échappe pas au RGPD. La CNIL a publié en 2024-2025 une série de recommandations confirmant que les principes de l’article 5 — licéité, loyauté, transparence, limitation des finalités, minimisation et exactitude des données — s’appliquent pleinement, y compris à la phase d’entraînement des modèles. Concrètement, lorsqu’une donnée personnelle sert à entraîner un modèle et peut y être mémorisée, les personnes concernées doivent en être informées.
Les principes de l’article 5 du RGPD s’appliquent dans leur intégralité, y compris durant la phase d’entraînement du modèle.
La CNIL demande aussi aux concepteurs d’intégrer la protection de la vie privée dès la conception (privacy by design), notamment en cherchant à anonymiser les modèles quand c’est possible et en développant des solutions pour empêcher la divulgation de données confidentielles. Pour l’utilisateur, le RGPD ouvre des droits applicables aux assistants : droit d’accès, de rectification, d’effacement et d’opposition. C’est précisément ce que matérialisent, côté éditeurs, les réglages d’opt-out et de suppression d’historique décrits plus haut — à condition de les activer.
Questions fréquentes #
Si je désactive l’entraînement, mes conversations deviennent-elles totalement privées ? +
Un humain peut-il vraiment lire mes conversations ? +
L’opt-out efface-t-il les données déjà utilisées ? +
Les offres payantes protègent-elles mieux que les gratuites ? +
Que faire si j’ai déjà partagé une donnée sensible ? +
En résumé : vos conversations avec ChatGPT, Gemini et Claude ne sont privées que si vous le décidez. L’entraînement est activé par défaut sur les trois, l’opt-out existe et fonctionne, les modes éphémères sont une parade rapide, et la règle d’or reste de ne jamais confier à un chatbot grand public une donnée sensible ou celle d’un tiers. Cinq minutes de réglages aujourd’hui valent mieux que cinq ans de conservation demain.
Sources : politiques officielles des éditeurs et CNIL. Article mis à jour régulièrement.
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