IA et FIV : une étude sur le moment idéal du déclenchement

Une étude récente publiée dans la revue Nature Communications révèle que l'intelligence artificielle (IA) pourrait significativement améliorer les taux de réussite de la fécondation in vitro (FIV).

Une équipe de l’Imperial College de Londres a utilisé une intelligence artificielle « explicable » pour mieux comprendre à quel moment déclencher l’ovulation pendant une fécondation in vitro (FIV). Les résultats, publiés dans Nature Communications, sont encourageants mais restent issus de données passées : ils ne changent pas encore les pratiques des centres de procréation.

L’essentiel
  • Quoi : une analyse par IA de la taille des follicules mesurée à l’échographie, le jour de l’injection hormonale qui déclenche la maturation finale des ovocytes.
  • Qui / quand : Hanassab, Abbara, Heinis et coll. (Imperial College London), Nature Communications, vol. 16, article 296, 8 janvier 2025, sur les données de plus de 19 000 patientes au Royaume-Uni et en Pologne.
  • Pourquoi ça compte : les follicules de taille intermédiaire (13 à 18 mm) semblent les plus utiles, alors que la pratique courante se fonde surtout sur les plus gros. Une piste à confirmer par des essais cliniques.

Une avancée prometteuse pour la fertilité #

Lors d’une FIV, une injection hormonale dite « de déclenchement » est administrée pour achever la maturation des ovocytes avant leur ponction. Son timing est important : trop tôt ou trop tard, la collecte des ovules peut être moins efficace. Pour décider, les médecins suivent à l’échographie la croissance des follicules, ces petites poches ovariennes qui contiennent les ovules.

Les chercheurs ont appliqué des méthodes d’IA aux mesures échographiques de plus de 19 000 patientes (19 082 selon l’article, âgées de 18 à 49 ans) traitées dans des cliniques du Royaume-Uni et de Pologne. L’objectif : identifier quelles tailles de follicules, le jour du déclenchement, sont le plus associées au nombre d’ovocytes matures recueillis et aux naissances.

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Une méthode qui interroge la pratique actuelle de la FIV #

Aujourd’hui, les cliniciens déclenchent en général lorsque deux ou trois follicules « leaders » dépassent 17 ou 18 mm de diamètre, rappelle l’Imperial College. L’étude a montré que déclencher lorsqu’une plus grande proportion de follicules mesure entre 13 et 18 mm était associé à davantage d’ovocytes matures recueillis et à de meilleurs taux de naissances vivantes. À l’inverse, des follicules en moyenne plus gros, notamment au-delà de 18 mm, étaient associés à une élévation prématurée de la progestérone et à des résultats moins bons après transfert d’embryon frais.

Le Dr Ali Abbara, co-auteur de l’étude et clinicien-chercheur à l’Imperial College de Londres, souligne l’enjeu : « la FIV offre de l’aide et de l’espoir à de nombreux patients, mais c’est un traitement invasif, coûteux et chronophage ». L’apport de l’IA, ici, est d’exploiter une masse de données que les médecins peinent à utiliser entièrement lorsqu’ils prennent leurs décisions.

« Il est essentiel de s’assurer que ce traitement est aussi efficace que possible », a indiqué le Dr Abbara.

Ce que l’étude ne dit pas encore #

Il s’agit d’une étude rétrospective : elle analyse des traitements déjà réalisés et met en évidence des associations, pas une relation de cause à effet démontrée. Le résumé de l’article précise que ces résultats doivent encore faire l’objet d’une validation prospective. L’équipe indique chercher des financements pour tester en essai clinique un futur outil d’aide à la décision. Autrement dit, aucun protocole n’a été modifié sur la seule base de ce travail, et l’étude ne permet pas de promettre un taux de réussite précis.

Vers une personnalisation des traitements FIV #

À terme, les chercheurs veulent concevoir un outil d’IA capable d’adapter le traitement à chaque patiente et d’épauler les médecins à chaque étape. Le Dr Thomas Heinis, co-auteur de l’étude, estime que « lorsque les enjeux sont si élevés, cette technique peut soutenir la prise de décision des médecins et entraîner de meilleurs résultats pour les patients ».

Il ajoute que la progression attendue de la puissance de calcul devrait permettre d’exploiter des données encore plus précises. L’IA pourrait ainsi devenir un appui pour les équipes de procréation médicalement assistée, sans se substituer à leur jugement clinique.

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Et en France ? #

L’assistance médicale à la procréation (AMP) est encadrée par la loi de bioéthique, et l’Agence de la biomédecine suit et évalue l’activité des centres. Depuis la loi n° 2021-1017 du 2 août 2021, l’AMP est ouverte aux couples de femmes et aux femmes non mariées, en plus des couples hétérosexuels. Selon service-public.gouv.fr, l’Assurance Maladie prend en charge à 100 % jusqu’à 6 inséminations et 4 tentatives de FIV pour obtenir une grossesse, et le prélèvement d’ovocytes peut être réalisé jusqu’au 43e anniversaire. Les conditions exactes se vérifient auprès de sa caisse et de son centre d’AMP.

Le constatLe moment du déclenchement influence la collecte des ovocytes.
La pisteViser une majorité de follicules entre 13 et 18 mm plutôt que se fier aux seuls plus gros.
La limiteDonnées rétrospectives : validation prospective et essais cliniques encore nécessaires.
À retenir
  • L’IA a permis d’analyser finement l’échographie des follicules pour mieux cibler le timing des injections.
  • Les follicules de 13 à 18 mm apparaissent comme les plus utiles le jour du déclenchement.
  • Objectif à terme : personnaliser les traitements pour chaque patiente et appuyer la décision médicale à chaque étape.
  • Les résultats reposent sur des données variées issues de plusieurs cliniques, mais restent à confirmer prospectivement.

Questions fréquentes #

L’IA peut-elle déjà être utilisée dans ma FIV ?
Pas sur la base de cette étude. Elle propose des pistes à partir de données passées ; un outil clinique doit encore être développé et testé en essai avant tout usage en routine.
Qu’est-ce que l’injection de déclenchement ?
C’est l’injection hormonale qui achève la maturation des ovocytes avant leur ponction. Son moment est fixé par l’équipe médicale à partir du suivi échographique des follicules.
Où l’étude a-t-elle été publiée ?
Dans Nature Communications (vol. 16, article 296, 8 janvier 2025), sous le titre « Explainable artificial intelligence to identify follicles that optimize clinical outcomes during assisted conception ».
Combien de FIV sont remboursées en France ?
Selon service-public.gouv.fr, l’Assurance Maladie prend en charge à 100 % jusqu’à 4 tentatives de FIV pour obtenir une grossesse. Votre caisse et votre centre d’AMP vous confirment les conditions applicables à votre situation.
Important : cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un centre d’AMP. Toute décision sur un parcours de FIV relève de l’équipe médicale qui vous suit.
Sources : Hanassab S. et coll., Nature Communications 16, 296 (2025), DOI 10.1038/s41467-024-55301-y · communiqué de l’Imperial College London du 8 janvier 2025 · service-public.gouv.fr, fiche « Procréation médicalement assistée (PMA) ».

Cet article explore comment l’intelligence artificielle pourrait faire évoluer la fécondation in vitro. Grâce à une analyse plus fine des échographies, les médecins pourraient à l’avenir mieux choisir le moment des injections hormonales, une piste qui doit encore être confirmée par des essais cliniques.

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